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STARC – Studio d'Architecture

Journal · Projets

Logement kangourou ce que la conception doit résoudre

7 octobre 2026Par Rudy Brogniet
Logement kangourou ce que la conception doit résoudre

L'habitat kangourou séduit, mais beaucoup de projets restent bloqués. À partir d'un agrandissement conçu par STARC à Rhisnes, voici les choix d'architecte qui rendent un logement d'appoint acceptable, autorisable et agréable à vivre.

Accueillir un parent âgé ou un enfant adulte sur sa propre parcelle, beaucoup de familles y pensent un jour. Sur le papier, le logement kangourou coche toutes les cases. Dans les faits, de nombreux projets s'enlisent avant le premier coup de pelle, et c'est très souvent la conception qui fait la différence.

Pourquoi tant de projets restent dans les cartons

Le constat n'est pas neuf, mais il vient d'être rappelé avec force. Dans un dossier publié fin mai 2026, La Libre Immo explique que habitat groupé, colocation solidaire ou habitat kangourou séduisent, mais les obstacles restent nombreux.

Les freins cités sont très concrets :

  • Le stationnement. Selon une juriste interrogée, les normes de parking sont souvent un frein concret.
  • La reconnaissance de deux ménages. Les communes restent souvent très réticentes, notamment par peur de fraudes liées aux allocations sociales.
  • Le regard du quartier. Ce mode de vie peut susciter des réticences dans certains quartiers ou auprès des autorités locales.

Le sujet est aussi sur la table des décideurs. Le 1er octobre 2026, l'Union des Villes et Communes de Wallonie a écrit aux ministres de l'Aménagement du territoire et du Logement. Elle demande notamment de prévoir une procédure simplifiée pour certaines formes d'habitat qui répondent à des besoins sociaux, comme les logements kangourous, en s'inspirant notamment des « Zorgwoningen » flamands. Pour l'instant, il s'agit d'une demande, pas d'une règle en vigueur.

Ce que dit le CoDT et ce que cela change pour le plan

En Wallonie, le point de départ est l'article D.IV.4 du Code du Développement territorial. Le Parlement de Wallonie l'a résumé clairement : la division d'une habitation unifamiliale en un logement principal existant et en un logement « kangourou » autonome nécessite un permis. À l'inverse, la création d'une chambre pour un aîné ou un jeune dans une habitation unifamiliale avec partage d'une ou de plusieurs pièces comportant les fonctions de base (salle de bains, cuisine, toilette) n'emporte pas la nécessité de solliciter un permis.

La toute première décision de conception est donc de savoir si vous créez un vrai second logement ou une simple extension de la maison familiale. Les deux sont légitimes. Mais ils ne mènent ni à la même procédure, ni au même plan, ni au même budget.

Deux pièges reviennent souvent :

  • Se fier aux règles qui circulent sur internet. Une seule sonnette, une unité limitée à une fraction du volume : ces conditions relèvent du régime flamand du zorgwonen. En Wallonie, elles ne vous dispensent pas de permis.
  • Penser que le temps régularisera tout. Un avocat spécialisé rappelle que les mécanismes de prescription du CoDT ont toutes été rendues inapplicables lorsque l'infraction consiste en la création d'un logement. Un logement créé sans permis reste un problème, y compris au moment de revendre.

Rhisnes un agrandissement pensé comme un logement à part entière

À Rhisnes, dans la commune de La Bruyère, une famille voulait accueillir un proche sans transformer la maison existante en un compromis inconfortable pour tout le monde. Nous avons choisi de ne pas découper l'intérieur. Nous avons ajouté un agrandissement conçu dès le départ comme un logement d'appoint autonome.

Ce choix change la nature du dossier. On ne présente plus une maison divisée, avec les soupçons que cela peut éveiller. On présente un projet lisible : un volume, un usage, un ménage. Le dossier de permis devient plus simple à défendre parce que chaque question de la commune trouve sa réponse dans les plans.

Les trois décisions qui débloquent un projet kangourou

Ce que nous avons appliqué à Rhisnes vaut pour la plupart des projets de ce type.

Une entrée séparée. C'est la condition pour que chacun vive vraiment chez soi. Elle rend aussi visible l'existence de deux unités d'habitation, ce qui facilite la domiciliation de deux ménages distincts. Certaines communes s'organisent d'ailleurs pour l'accompagner. À Wavre, la Ville a mis en place une convention type dans laquelle les parties ont obtenu l'accord de la Ville de Wavre pour l'octroi d'une sous-numérotation de police reconnaissant ainsi les unités d'habitation distinctes.

Un volume dédié. Un agrandissement bien proportionné se lit comme une annexe à l'échelle de la maison, pas comme un second bâtiment. Pour les voisins, c'est souvent décisif. Nous travaillons :

  • le gabarit, la hauteur et la pente de toiture, dans la continuité de l'existant ;
  • les matériaux, en dialogue avec la brique, la pierre ou l'enduit de la maison ;
  • les vues, pour préserver l'intimité de chacun, des deux ménages comme des voisins ;
  • le plain-pied, quand l'occupant est âgé, pour que le logement reste adapté dans dix ou quinze ans.

Des réseaux autonomes. Compteurs séparés pour l'eau et l'électricité, production de chaleur propre ou au minimum comptage individuel, évacuations indépendantes. C'est moins spectaculaire qu'une belle baie vitrée, mais c'est ce qui rend la vie quotidienne sereine : chacun paie ce qu'il consomme et l'autonomie des ménages se démontre facilement. Ces choix se décident au stade de l'esquisse. Les ajouter après coup coûte nettement plus cher.

Reste le stationnement, que La Libre pointe comme un frein. Nous l'intégrons très tôt au plan d'implantation, plutôt que de le découvrir lors de l'instruction du permis.

Les questions à vous poser avant de dessiner

Avant de nous rencontrer, prenez le temps de répondre à ces questions. Elles orientent tout le projet.

  • Qui va habiter ce logement, et pour combien de temps ? Un parent qui avance en âge et un enfant de vingt-cinq ans n'ont pas les mêmes besoins.
  • Le logement doit-il pouvoir changer d'usage plus tard ? Bureau, chambre d'amis, location : la réversibilité se prévoit dans le plan.
  • Quel niveau d'autonomie souhaitez-vous ? Second logement complet ou pièces partagées, la procédure n'est pas la même.
  • Votre parcelle le permet-elle ? Implantation, reculs, accès, stationnement, prescriptions communales : nous le vérifions dès la première visite.
  • Quel budget global ? Il comprend les travaux, mais aussi les raccordements, les honoraires et les études.
  • Quel cadre juridique entre vous ? Propriété, donation, convention d'occupation : un passage chez le notaire est souvent utile.

Côté technique, un agrandissement chauffé doit respecter les exigences PEB. Pour un projet sur un bâtiment existant, nous nous appuyons sur Optibim, notre bureau d'études partenaire installé à la même adresse, pour la PEB et pour le relevé précis de l'existant par scanner 3D. Cela permet de dessiner sur des bases fiables dès l'esquisse.

Ce que l'architecte apporte vraiment

Un logement kangourou n'est pas un simple studio collé à une maison. C'est un projet qui doit convaincre trois publics à la fois : votre famille, votre commune et vos voisins. Le rôle de l'architecte est de traduire ces attentes dans un plan clair, puis dans un dossier de permis cohérent, et enfin dans un chantier bien coordonné.

Vous envisagez d'accueillir un proche sur votre parcelle, en agrandissant ou en transformant votre maison ? Parlons-en tôt, avant que les premières idées ne figent le projet. Une première rencontre avec l'équipe de STARC à Gembloux permet de vérifier la faisabilité, de clarifier la procédure et de poser les bonnes bases.

Rudy Brogniet, pour STARC