La plupart des seniors veulent rester chez eux, même quand leur maison n'est plus adaptée. Circulation, salle de bain, chambre au rez, lumière : voici comment anticiper les travaux avec un architecte, plutôt que d'aménager dans l'urgence.
Rester chez soi le plus longtemps possible, c'est le souhait de la grande majorité des seniors. Encore faut-il que la maison suive. Une adaptation pensée à temps, avec un architecte, fait toute la différence entre un logement sûr et agréable et une série de bricolages posés après une chute.
Ce que révèle le dernier baromètre de la Fondation Roi Baudouin
En Belgique, 66% des personnes de plus de 60 ans ne se préparent pas activement à l'avenir. C'est la conclusion du Baromètre triennal de la Fondation Roi Baudouin, basé sur une enquête menée à l'automne 2025 auprès de 2000 personnes âgées non dépendantes, qui s'est cette fois penché sur le logement.
Le constat est clair. Les personnes de plus de 60 ans sont très attachées à leur domicile et souhaitent y rester le plus longtemps possible, même si celui-ci n'est plus adapté à leurs besoins. 82% des seniors n'envisagent jamais de déménager, ou seulement en dernier recours. Pourtant, près de 30% vivent dans un logement devenu trop grand, et beaucoup habitent dans un logement peu adapté aux années à venir. En parallèle, une personne sur deux de cette tranche d'âge déclare craindre de perdre son autonomie.
Ce que nous constatons sur le terrain va dans le même sens. Les familles nous appellent souvent après une hospitalisation, quand il faut tout décider en quelques semaines. Avec un an d'avance, on peut concevoir un vrai projet, plus beau, mieux pensé et souvent moins cher.
Repenser la circulation avant tout
Une maison adaptée commence par des déplacements simples. Avant de parler équipements, nous regardons comment la personne vit au quotidien : de la porte d'entrée à la cuisine, de la chambre à la salle de bain, du séjour au jardin.
Les points à analyser :
- L'accès depuis la rue : marches, seuil de porte, éclairage du chemin, distance depuis la voiture.
- Les différences de niveau au rez : une marche entre la cuisine et la véranda est un piège classique dans les fermes et maisons anciennes rénovées par étapes.
- La largeur des passages : des portes plus larges et des couloirs dégagés permettent de circuler avec une canne, un déambulateur ou un fauteuil.
- Les surfaces de rotation : prévoir un cercle de l'ordre de 1,50 m dans les pièces clés rend un fauteuil roulant utilisable sans transformer la maison.
En Wallonie, il existe un cadre de référence utile. L'arrêté du Gouvernement wallon du 15 mai 2014 relatif au logement accessible, au logement adaptable et au logement adapté fixe toute une série d'indications techniques. Il ne s'impose pas à chaque maison privée, mais c'est une excellente boîte à outils pour un architecte.
Souvent, la solution est spatiale plutôt que technique. Supprimer une cloison, déplacer une porte, ouvrir la cuisine sur le séjour : la maison devient plus fluide pour tout le monde, petits-enfants compris.
Une salle de bain sûre qui ne ressemble pas à un hôpital
La salle de bain est la pièce la plus risquée de la maison. C'est aussi celle où l'effet hospitalier guette le plus vite. Barres chromées, carrelage blanc clinique, siège en plastique : personne n'a envie de vivre là-dedans.
Nos principes de conception :
- Une douche de plain-pied, sans seuil, avec un siphon de sol et une pente bien étudiée. La baignoire disparaît, l'espace gagné profite à tout le monde.
- Un sol antidérapant dans une teinte chaleureuse, avec un contraste net entre sol et murs pour bien lire l'espace.
- Des renforts intégrés dans les cloisons dès les travaux. Les barres d'appui pourront être posées le jour où elles seront utiles, à l'endroit exact.
- Des accessoires qui jouent double rôle : un porte-serviette solide qui sert d'appui, une tablette de douche à bonne hauteur, un banc maçonné habillé de bois.
- Un WC légèrement surélevé et une porte qui s'ouvre vers l'extérieur ou coulisse, pour pouvoir porter secours.
Bien dessinée, une salle de bain accessible ressemble simplement à une belle salle de bain contemporaine.
Une chambre au rez sans sacrifier le séjour
L'escalier devient tôt ou tard l'obstacle principal. Le monte-escalier dépanne, mais il ne règle pas tout. La solution la plus durable reste souvent de pouvoir vivre entièrement au rez-de-chaussée.
Plusieurs pistes selon la maison :
- Transformer une pièce peu utilisée (bureau, salle à manger formelle, garage attenant) en chambre avec salle d'eau.
- Créer une petite extension de plain-pied, ouverte sur le jardin. C'est souvent l'occasion d'apporter une lumière nouvelle à une maison ancienne.
- Dans une grande maison ou une ferme, aménager une unité indépendante au rez, qui pourra accueillir plus tard un aidant ou un proche.
Le piège à éviter : une chambre improvisée dans le séjour, avec un lit médicalisé au milieu des meubles. La personne perd son intimité et la maison perd son âme. Une chambre conçue comme telle, avec une vue, une fenêtre basse et un accès direct à la salle d'eau, préserve la dignité de chacun.
Côté démarches, des transformations intérieures sans modification de structure ni du nombre de logements restent souvent légères. Une extension, un nouveau volume ou une modification de façade demandent en revanche généralement un permis d'urbanisme au sens du CoDT. Nous vérifions cela dès la première visite.
La lumière, alliée discrète de l'autonomie
Avec l'âge, l'œil a besoin de beaucoup plus de lumière et supporte moins bien l'éblouissement. La lumière devient alors un outil de sécurité autant qu'un plaisir.
Ce que nous mettons en place :
- Plus de lumière naturelle dans les pièces de vie, en agrandissant une baie ou en ajoutant une fenêtre de toit.
- Un éclairage artificiel homogène, sans zones d'ombre dans les circulations ni dans l'escalier.
- Un balisage nocturne doux entre la chambre et la salle de bain, déclenché par détecteur de présence.
- Des interrupteurs bien visibles, à hauteur confortable, près de chaque porte et à la tête du lit.
- Des contrastes de couleur pour lire les marches, les encadrements et les plans de travail.
Une maison bien éclairée, c'est moins de chutes, mais aussi plus d'envie de rester actif chez soi.
Anticiper pour financer et décider sereinement
Les aides existent, mais elles changent et demandent d'être anticipées.
- En Wallonie, depuis le 1er octobre 2026, les primes Habitation ont été remplacées par deux prêts aidés, Rénopack et Rénoprêt, centrés sur la rénovation énergétique. Selon le SPW Énergie, le Rénoprêt pourra afficher un taux zéro dans le cas particulier des travaux d'adaptation du logement au handicap. Les conditions précises sont à vérifier auprès de la Société wallonne du Crédit social.
- L'AVIQ peut intervenir via l'aide individuelle à l'intégration, mais elle demande en principe d'avoir moins de 65 ans lors de l'introduction de la première demande. Le formulaire doit être introduit à l'Agence avant l'achat de matériel, l'aménagement du logement ou la réalisation d'une prestation, sinon la demande est refusée.
- Si vous avez plus de 65 ans et que vous souhaitez aménager votre domicile afin de préserver votre autonomie, il vous est possible de faire appel gratuitement à un service conseils en aménagement du logement, selon le wiki wallon de l'AVIQ.
- La TVA réduite à 6 % reste d'application pour les logements de plus de 10 ans.
Notre conseil : combinez l'adaptation avec d'autres travaux prévus (isolation, châssis, chauffage). Un seul chantier, une seule période de désagrément, et une maison à la fois plus confortable, plus économe et prête pour les années à venir. À Bruxelles, les dispositifs sont différents : nous vous orientons vers les bons interlocuteurs.
Parlons de votre maison
Vous habitez une maison qui commence à devenir compliquée, ou vous accompagnez un parent dans cette réflexion ? Chez STARC, nous venons sur place, nous écoutons vos habitudes et nous vous proposons des pistes concrètes, chiffrées et adaptées à votre budget, dans les provinces de Namur et du Brabant wallon comme à Bruxelles. Contactez notre bureau de Gembloux pour en parler, avant que l'urgence ne décide à votre place.
Frédéric Odent
